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Technologie, mentorat et participation à la vie communautaire

Ébranler le monde par la douceur

Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous. Voilà les paroles du grand Mahatma Gandhi et une devise que Prakash Joshi, résident de Vancouver, essaie de suivre. Depuis trente ans, ce technologue en génie de 57 ans travaille sans relâche pour promouvoir la paix, protéger l’environnement et aider les autres — surtout les ingénieurs et techniciens qualifiés qui viennent d’arriver au Canada et cherchent à faire reconnaître leurs titres professionnels et à s’établir dans leur nouvelle patrie. Pour bon nombre de ces professionnels, c’est une longue route semée d’embûches, route que M. Joshi comprend.

Né et élevé en Ouganda, M. Joshi, comme sa famille et 60 000 autres Ougandais d’origine asiatique du Sud, a été expulsé du pays par le dictateur Idi Amin en 1972.

« J’ai été chassé de mon pays et suis devenu réfugié, raconte-t-il. Mais je me suis retrouvé dans le meilleur pays du monde. »

Aujourd’hui, il est technologue principal en génie des matériaux et directeur du contrôle de la qualité d’une société de génie internationale, AMEC Earth & Environmental. Il y travaille depuis trente ans, participant surtout à la consultation, à l’évaluation en conditions opérationnelles et aux essais en laboratoire d’une vaste gamme de matériaux de construction, du béton à la terre, en passant par les agents d’étanchéité. Il a également fait de nombreux essais physiques sur des éléments de structure tels que des puits de lumière, des systèmes à ossature de bois, des raccords en métal, des tuyaux et plus encore. Une bonne partie de ce travail exigeait l’élaboration de matériel et de procédures d’essai novateurs.

À peine dix-huit mois après que M. Joshi a joint les rangs de la société en qualité de technologue, on lui a offert le poste de directeur du laboratoire de la division des matériaux.

« Je me rappelle avoir ri et dit que je n’avais aucune formation en gestion, raconte-t-il. Mais mon patron m’a expliqué qu’ils cherchaient quelqu’un qui pourrait enseigner et encadrer, quelqu’un qui s’entendait bien avec les autres. »

Son savoir-faire en matière d’enseignement et de mentorat l’a amené à s’engager au sein de bon nombre d’organisations au cours des trois dernières décennies, tant dans le secteur du génie qu’à l’extérieur. Il est l’ancien président de la Society of Punjabi Engineers and Technicians (SPEATBC). « On m’a demandé d’aider à organiser l’association, même si je ne suis pas Punjabi », dit M. Joshi, qui fait partie d’Applied Science Technologists and Technicians of BC (ASTTBC) depuis des années, dont il est actuellement membre du conseil. Il a également enseigné à des étudiants du premier cycle de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique et à des étudiants postdoctoraux de l’Université de la Colombie-Britannique.

Aujourd’hui, M. Joshi est très respecté dans le monde du génie de la Colombie-Britannique. Il use de ses relations et de son influence pour aider les professionnels en génie nés et formés à l’étranger à s’établir au Canada.

« Le Canada connaît une grave pénurie de professionnels en génie, dit-il. Certains secteurs, comme l’exploitation minière, en ont désespérément besoin. Pourtant, beaucoup d’ingénieurs éduqués et expérimentés viennent au Canada et ne peuvent trouver d’emploi. Ils possèdent déjà la formation et l’expérience, mais ils doivent repartir de zéro et même repasser leurs examens. Ils doivent en même temps subvenir aux besoins de leur famille et relever d’autres défis. Puis, lorsqu’ils sont enfin agréés, la première chose que les employeurs leur demandent, c’est s’ils ont de l’expérience au Canada. Ce qui est ridicule, parce que le génie, c’est le génie, qu’on soit en Inde, en Amérique du Sud ou au Canada. Cela les démoralise complètement. »

Monsieur Joshi ajoute que bon nombre de ces professionnels hautement qualifiés sont tellement frustrés par la longueur du processus de reconnaissance professionnelle et les formalités administratives qu’ils finissent par quitter le Canada pour d’autres pays plus accommodants, par exemple l’Australie et les États-Unis.

Les immigrants ne sont cependant pas les seuls à en souffrir, explique-t-il ; le Canada aussi.

« La situation est devenue si grave que les professionnels qualifiés de bien des pays sont avertis de ne pas venir au Canada. Pourquoi un ingénieur très éduqué et expérimenté voudrait se soumettre à un tel processus ? La situation actuelle nous désavantage terriblement à l’échelle mondiale. »

Monsieur Joshi encadre et conseille actuellement des professionnels en génie de Pologne, du Kenya, d’Amérique du Sud, d’Iran et du Canada. Il soutient les gens au travail, à l’école, à l’ASTTBC et à la maison.

« Lorsqu’ils entrent en contact avec moi, beaucoup de ces gens sont désespérés, affirme-t-il. Je les aide à rédiger leur C.V., je leur donne des références et les aide à trouver du travail, mais ce que je dois vraiment faire, c’est les encourager à ne pas abandonner. »

Cela n’est toutefois qu’une partie de l’histoire de M. Joshi. Celui-ci est également un environnementaliste, un humanitaire et un pacifiste passionné. Il a été président de Friends of the Environment de 1995 à 2000 et a participé à Initiatives pour le changement, dont le principal objectif est de rétablir les villes canadiennes. Il est également vice-président de l’Ugandan Canadian National Association (UCNA).

M. Joshi, issu d’une famille de musiciens, a aussi un côté artistique. Il se consacre aujourd’hui à la musique indienne semi-classique et a sorti un album présentant ses compositions. Il a également publié des poèmes et est journaliste à temps partiel pour un bulletin indo-canadien local. Il a même créé son propre site Web, www.pvjoshi.com, qui réunit ses nombreux intérêts.

Il est étonnant que M. Joshi ait du temps à passer en famille, mais c’est un mari et un père dévoué. Lui et son épouse Darshana ont trois enfants : Ronak, 27 ans, Tejaswini, 26 ans, et Milan, 25 ans.

Par contre, il n’a pas le temps de prendre des vacances ni de penser à la retraite.

« J’adore travailler à AMEC, j’adore ce que je fais et je veux continuer à le faire aussi longtemps que possible, dit-il. Je suis très chanceux de pouvoir compter sur le soutien total de ma femme, car nous partageons les mêmes valeurs. »

Et quelles sont ces valeurs ?

« C’est notre devoir, en tant qu’êtres humains, d’aider les autres », affirme-t-il.

Ou, pour reprendre les paroles du Mahatma Gandhi, « par la douceur, on peut ébranler le monde ».

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